
Nous connaissons de nombreux exemples où l’outil, par la dépendance qu’il créé, finit par posséder l’homme et façonner son appréhension du monde. On dit alors que ce n’est plus l’homme qui possède l’outil, mais l’outil qui possède l’homme.

Gageons donc que la dispense d’un effort grâce à l’outil technique a comme revers naturel une baisse de nos facultés. Ici, on s’organise plus simplement mais tout en désapprenant à s’organiser. Notons que le progrès de l’automobile s’inscrit aussi dans cette idéologie d’insouciance. La distance n’étant plus vraiment un exemple, on ne pense plus à préparer un trajet ; on oublie ce qu’est la distance.
Mais en marge de ces conditionnements bien connus par les amis de la décroissance, évoquons un nouvel objet technique, à la pointe du high-tech et de la finance : Google. Le célèbre moteur de recherche sur Internet a « façonné » l’économie de manière insidieuse et il y a fort à parier que ses répercussions dépassent le cadre de l’entreprenariat. En d’autres termes, il y a une idéologie Google.
Pour la petite histoire, le terme « Google » est tiré du nombre « googol »(1 suivi de 100 zéros) et cela résume bien le défi (pardon... le challenge) relevé par les deux universitaires du MIT à l’origine du projet : indexer des milliards de pages internet et les trier selon leur pertinence. Ce travail titanesque repose sur trois éléments :
un algorithme récursif : cet algorithme attribue une note de pertinence (PageRank) qui placera le résultat en plus ou moins bonne position lors de l’affichage.
un crawler : en d’autres termes, un robot qui nage le crawl dans le web. Là où l’internaute surfe... Il s’agit d’un petit programme qui va visiter Internet et moissonner les informations sur les pages visitées. Googlebot, c’est son nom, arpente donc constamment la toile et utilise l’algorithme mentionné pour stocker les informations dans...
des dizaines de milliers de disques durs : afin de conserver « en dur » la récolte d’informations (mots-clés, classement, pertinence etc.). Ainsi, Google vous affiche les résultats en fonction de ce qu’il a dans sa base de données, et non pas un état actuel du Web (ce qui explique pourquoi certains liens ne marchent pas ; ils n’ont pas été rafraîchis). Pour vous convaincre que Google possède une « copie » d’Internet, vous pouvez cliquer non pas sur le lien affiché mais sur « En cache ». Il s’agit de la page telle qu’elle était quand le crawler est passé.
Retenons que l’innovation se situe surtout dans le « software » et particulièrement l’algorithme dont la pertinence repose sur un procédé récursif. La récursivité est à l’algorithme ce que la mise en abîme est à la littérature. Pour être bien classé par Google, il faut être mentionné par des sites bien classés par Google (qui donc ont été mentionnés par des sites bien classés par Google etc.). [1]
Je passe sur l’aspect financier mais sachez que le groupe réalise des bénéfices pharaoniques... pour environ 4000 employés dans le monde.
Dîtes-vous une chose aujourd’hui : « Dans le monde des affaires, tout le monde veut apparaître en premier sur Google ! » Que ce soient pour des raisons politiques (« CPE » renvoie sur le site du premier ministre...) ou économiques (acheter le dernier livre de BHL sur amazon ou sur fnac.com) il est vital d’être bien placé sur la première page de Google puisque très peu d’internautes consultent les pages suivantes. Car si notre moteur de recherche propose des espaces payants (bandeau bleu sur la droite) pour les plus fortunés, la page centrale reste quant à elle soumise au règles de « que le meilleur gagne ». Et le meilleur, c’est celui qui plaît le plus au robot de Google.

Heureusement l’algorithme en question est suffisamment complexe et parfois corrigé par des administrateurs humains ; il n’est donc pas si froid et mécanique. Cependant, bien que l’algorithme soit un secret, certains principes de bases sont de notoriété publique. Ainsi, le robot aime les sites « clairs, limpides et bien structurés ». Du texte, quelques images et une poignée de liens conviennent tout à fait. Par contre, si vous avez des animations, des effets visuels trop complexes pour que le robot puisse les interpréter, celui-ci va faire la fine bouche. Historiquement, le web a vu se développer des outils très prometteurs sur le plan graphique et sur la gestion dynamique de données. Des langages types flash, javascript venaient égayer les tristes pages web. Mais la frénésie pour ces outils web s’est estompée avec la montée de Google pour la simple raison que le robot est incapable d’interpréter correctement le flash (par exemple). Il valait donc mieux délaisser ces nouveaux outils et retravailler sur les anciens langages.
Ceci confirme bien les études critiques de la technique qui ne parlent non pas de progrès linéaire mais de « trajectoire » [2] . La trajectoire ici présentée possède la curieuse particularité d’être une marche arrière. On peut aussi parler d’une « sélection naturelle des techniques » (le pragmatique Google qui chasse le coquet Flash) et l’on se situerait non plus dans une perspective purement technique, mais également idéologique. En effet, avec Google, nous assistons à un état classique d’évolution du libéralisme : le monopole. Et qu’un outil aussi important qu’un moteur de recherche (celui qui répond à la question, car il répond à toutes les questions) devienne unique pose de graves problèmes. Nous savons par exemple que la Chine a autorisé Google à la condition de ne pas jouer la règle du « que le meilleur gagne » sur des requêtes litigieuses (Tien an Men par exemple). Nous savons que les machines ont leur faille et qu’il est possible de les tromper. [3]
Certes Google a pour l’instant fait preuve de robustesse par les différents garde-fous qu’il a su mettre en place (possibilité d’exclusion, maintien de la zone centrale pour les plus méritants) mais le jour où l’entreprise Google changera de main, vers quoi les confiants internautes vont-ils se trouver être redirigés dans leur quête de connaissance ?
[1] Sur l’aspect technique de Google : www.webrankinfo.com
[2] Sur la notion de trajectoire technologique : Alain Gras in « La fragilité de la puissance »
[3] Il se peut aussi qu’on interdise les robots... A noter ce contrat d’utilisation trouvé sur le site de netvibes :
You must be 13 years or older to use this Service.
You must be a human. Accounts registered by « bots » or other automated methods are not permitted.
Amis robots, vous n’êtes pas encore autorisés à aller sur ce site....
Article interessant que j’ai trouvé en faisant une recherche sur François Partant ..... avec Google ;o)
Dailleurs la plupart de l’information interessante sur la décroissance et les modes de vies alternatives je les obtiens en utilisant Google.
Phillip en Bretagne
Tout ceci c’est pas si simple, vous parlez de l’HTML et du Flash.
Tout d’abord il faut expliquer ce que sont ces deux choses :
Le HTML est un langage créé pour faire des pages Web, il est encore en évolution grâce à son successeur le XHTML. Ce langage est un standard "géré" par le W3C, tout le monde peut le consulter à l’adresse suivante : http://www.w3.org/TR/html4/ et a le droit (gratuitement) de faire son propre moteur d’affichage (le robot qui va convertir la page HTML en contenu qui sera affiché dans le navigateur !). Le W3C est géré par un consorcium d’industriels, ce qui permet une indépendance face à une entreprise particulière.
Flash a été créé par Macromédia (racheté par Adobe) et il est un format pour créer des animations. Ce format est fermé, personne ne sait réellement ce qu’il y a dedans et son évolution dépend d’une seule société.
Le problème du Flash est qu’il n’est pas développé sur tous les systèmes d’exploitations, par exemple sous Linux, seule la version 7 est disponible alors que sous Windows la version 8 est disponible, pire, si vous avez un processeur 64bits et Linux, Flash n’est pas du tout disponible ! Ainsi en utilisant Flash, vous obligez à utiliser Windows ! Le second problème de Flash est que comme on ne sait pas ce qu’il y a dedans, on ne peut pas faire une version pour les handicapés, par exemple pour les mals voyants, ou ceux qui distinquent mal les couleurs ! L’utilisation de Flash, interdit l’usage du Web au personne handicapées, alors que c’est elles qui pourraient en tirer le plus grand bénéfice ! (par exemple en faisant des opérations à distance ce qui évite de ce déplacer)
L’HTML est tout l’inverse ! Plusieurs navigateurs sont disponibles ce qui permet de na pas dépendre d’une société particulière. Par exemple Firefox (que je vous conseil) est disponible sur de très nombreuses plates formes et dispose d’options comme le blocage de pop-up ou les onglets qui ne sont pas disponibles sur le navigateur de Microsoft (IE) ! Ceci n’aurai pas été possible si le HTML était comme Flash ! Par ailleurs, il existe des navigateurs pour les handicapés, par exemple des navigateurs qui "lisent" la page à haute vois, ou qui l’affichent avec des couleurs modifiés (pour ceux qui ne pourraient pas distinguer la couleur du texte et la couleur du fond !)
En réfléchissant bien, on pourrait somparer Google à un "handicapé", en effet, il ne dispose pas de Windows, il ne peut pas utiliser Flash, et ne peut lire que le HTML car il sait comment il est fait !
Salut et bravo pour ta réponse. Bon je ne suis même pas sûr de l’identité de l’auteur (ravi de savoir qu’on se connaît ! ;-) Tu as lu tellement clair dans cette ébauche que j’adhère à ta critique pleinement. Peaufinons donc :
D’abord, j’ai opté pour un article court pour qu’il soit abordable pour le profane. J’ai trouvé dans Google quelque chose de suffisament parlant (qui ne connaît pas), unanime (qui est contre ?) et nouveau (qui en parle ?) pour que ca fasse un bon sujet. Alors mieux valait ne pas le gâcher en le noyant dans un grand article pétri de références universitaires. Ce ne serait pas sa place et vraissemblablement pas mes compétences...
Oui : il est aussi absurde de considérer les outils comme de "simples" outils ou de les "anthropomorphiser" comme je l’ai fait avec les termes "draguer" et "séduire". Mais je crois justement que cette rhétorique permet de mieux assimiler que les machines (et plus encore les automates) sont plus que des "non-humains" .
Oui : L’anti-évolutionnisme des techniques est à double tranchant pour le décroissant.
« Dans ce cas l’agitation des décroissants serait davantage un symptôme avant-coureur qu’un premier moteur de cette transformation du technotope. » Les deux mon général !
« La fin de ton article est assez décevante ; tu sembles presque dire que pour l’instant les dompteurs de google sont bien gentils mais qu’on peut redouter que des vilains méchants ne se mettent aux commandes de la bête (et d’autres bêtes plus redoutables) comme si le problème de la technique n’était plus qu’un problème de bonnes intentions... » C’est une conclusion à la Feenberg (Technique contenant des valeurs mais pouvant être contrôlée) pour redonner un peu d’espoir. Evidemment je penche plus pour un dénouement "Ellul" (Technique contenant des valeurs et Autonome) prédisant une évolution de Google carrément néfaste... Lecture des mails, publicité, fichage marketing. Bien sûr qu’il ne s’agit pas de laisser croire que les "méchants" vont s’emparer de l’artefact qui jusqu’ici était une aide (quoique...). En fait c’est déjà joué, l’internaute vulgaire ne voit que la face émergée de l’iceberg quant la face immergée reste dans les eaux glaciales de la logique marchande.
Flash est un format propriètaire de Macromedia , société rachetée par Adobe l’année dernière.
Pour une fois Microsoft n’a rien à voir la dedans ! :-)
A noter que le format Flash est mort mais qu’il ne le sait pas encore. Il existe un format libre équivalent : SVG
Je confirme ce que dit Damien. Et même si Macromedia/Adobe sont moins à critiquer que Microsoft (quoique... simplement parce qu’ils ont moins de succès...) on peut tout à fait souhaiter la mort de tous les formats "propriétaires".
L’Informatique et Internet est intéressant dans la mesure où c’est un mini-laboratoire dont l’évolution devance souvent l’évolution du macro-monde.
Si les formats libres l’emportent dans le domaine informatique, on peut parier que cela donnera des idées hors du champ informatique (réaliser son dentifrice, mettre son biocarburant, etc.)
Je ne regrette nullement le déclin de Flash. Et vous avez raison de souligner la différence entre les formats propriétaires et les formats libres.