
Cette entrevue fictive avec moi-même a eu lieu un jour après notre retour, soit : lundi 24 juillet, à midi. Elle me permet de développer ce qui m’est personnel, pour faire la part des choses avec les aspects collectifs, et pour ne pas alourdir la chronique quotidienne.
Sommaire
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Qu’est ce qui t’a motivé à venir faire un bout de la marche pour la décroissance ?
A quoi ça sert de venir marcher comme ça "pour la décroissance" ?
Comment as-tu ressenti la marche ?
Comment est le rapport au temps sur la marche ?
Quel est ton rapport à l’espace ?
Quel est le rapport au corps sur la marche ?
Et concernant les générations ?
Qui sont les marcheurs-euses ?
Qu’est-ce qui rassemble les objecteurs de croissance ?
suite dans l’article Auto-entrevue #2 :
Comment juges-tu la couverture médiatique de la marche Nord-Pas de Calais ?
Je sens que tu as encore quelque chose à dire à propos de ce qualificatif "sectaire"...
Comment te sens-tu maintenant que la marche est finie ?
Quels changements observes-tu à ton retour ?
Tu passes tes vacances en pleine campagne, mais comment fais-tu sans voiture ?
Qu’est-ce qui est déjà de la décroissance, sans s’appeler comme ça ?
Comment es-tu venu à la décroissance ?
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Oui, j’ai 43 ans, j’habite à Lyon avec ma compagne, et mon fils Tom, 16 ans. Je suis compositeur de musique contemporaine instrumentale, et je travaille quatre jours par semaine dans une société de service en informatique. J’ai traversé de nombreuses luttes militantes depuis 2004 : anti-pub, décroissance, simplicité volontaire, faucheurs OGM, média-critique, médias libres, anti-nanos, et plantes médicinales (sourires).
Qu’est ce qui t’a motivé à venir faire un bout de la marche pour la décroissance ?
Ben... j’avais fait celle de l’année dernière... Et puis je suis né dans le Nord, à Dunkerque : je passe souvent des vacances en famille, c’était la bonne période. Et puis je connais un peu Cécile, c’est une façon de la soutenir.
A quoi ça sert de venir marcher comme ça "pour la décroissance" ?
La marche permet de décontextualiser. Ça veut dire que nous quittons nos habitudes de vie, pour expérimenter une autre façon de vivre. Et cela pour une durée que nous choisissons. Sans doute ceux qui ne sont pas trop prêts à changer limiteront leur présence à 2 ou 3 jours. Ceux qui s’engagent dans la décroissance passeront au moins une semaine. Parce qu’il faut du temps pour se défaire de ses habitudes : habitudes de consommation, habitudes de pensée. Ici, nous rejetons, ou tout au moins nous questionnons, tous les standards de la société :
l’automobile, et tout ce qu’elle implique de façon souvent invisible : l’esclavage déguisé en sous-traitance par les "grands donneurs d’ordre", la construction de routes et de centres commerciaux, l’exploitation des matières premières et du pétrole, dans les pays du Sud, qui signifie souvent la mise en esclavage ou la mort pour leurs populations...
les maisons en lotissement, avec piscine et barbecue, le rêve hollywoodien du techno-beauf, auquel nous ne pourrons pas tous accéder ;
la télé, avec son rituel "journal du soir", qui vomit sa violence, les guerres des quatre coins du monde, le sparadrap et la petite larme à l’oeil des ONG humanitaires, cette télé qui nivelle par le bas, qui met les français dans l’insécurité, qui entretient leurs peurs, leurs fantasmes merdiques, qui leur interdit de penser, ses talk-shows imbéciles mais "qui détendent" après une journée de travail...
la publicité, qui rivalise de débilité avec la télé-réalité ;
le travail salarié à temps plein : passer cinq jours par semaine à s’emmerder dans un travail spécialisé, sans intérêt, avec éventuellement en plus l’agressivité d’un chef ou des collègues, tout ça pour attendre le soir, le week-end, ou les congés d’été ;
la carte bleue, qui nous "facilite la vie" pour "dépenser mieux", symbole post-moderne du bobo-Fnac-Télérama-Carrefour-Smiles, le moyen de paiement "petit-bourgeois" par excellence, qui va de paire avec la réservation sur internet, et son paiement "sécurisé" en ligne. Rappelons-nous que tout le monde n’a pas de CB, et que certains vivent sans compte en banque. Il n’y a pas d’égalité, encore moins de fraternité, dans le monde bancaire ;
les cyclistes "sportifs", des quadras pas trop à plaindre, qui manquent d’exercice physique, et qui se déguisent en champion du tour de France sponsorisés par Carrefour...
les randonneurs, et plus généralement les "touristes" : sur-équipés, fringués avec des trucs fluos, toujours bien clean, qui débarquent avec leurs idées toutes faites, et regardent avec un amusement attendri les braves autochtones, les paysans, mais qui oublient qu’il n’y a plus de "vrais" paysans, et qu’ils ont contribué à tuer la paysannerie en achetant leurs fruits et légumes dans les supermarchés.
Nos réponses à ces standards :
la plupart d’entre nous utilise quotidiennement le vélo, souvent plus pratique et moins cher que les transports en commun ;
aux lotissements, nous préférons des habitations collectives, avec une vie de voisins, une vie de quartier ;
à la télé, nous préférons la lecture, les jeux collectifs, la recherche d’informations sur internet, la formation ;
nous préférons éviter tous les supports publicitaires, jusqu’à la bouteille d’eau en plastique posée sur la table du repas, ou le paquet de céréales du petit déjeuner : supprimer toutes les marques visibles chez soi, sur ses fringues, sur son vélo... ou faire de la publicité militante, en portant un T-shirt "faucheur d’OGM" ;
nous préférons travailler le moins possible, juste ce qui nous suffit ; faire un métier qui nous plaît, dans l’artisanat par exemple ; travailler dans une coopérative, où les décisions sont prises par le groupe, au lieu d’une société classique, gouvernée par un patron tout-puissant ;
nous préférons une carte de retrait, et un chéquier ;
nous n’avons pas besoin de faire du sport : notre vie est pleine d’efforts physiques, qui nous garantissent une bonne hygiène de vie, un tonus, une tenue musculaire ;
nous sommes habillés sans chichis, avec parfois des fringues d’occasion, et nous n’avons pas peur d’être parfois un peu crados ; c’est peut-être ça qui nous fait confondre avec les baba-cools. Quand nous voyageons, le transport fait partie du voyage, c’est l’occasion de rencontrer des gens, en stop par exemple.

Comment as-tu ressenti la marche ?
Forcément en arrivant, j’avais envie de revivre la même chose que pendant la marche de Lyon à Magny-Cours, retrouver cette intensité, retrouver les mêmes personnes, les mêmes lieux : mais c’est impossible, tout cela fait partie de mes souvenirs. Donc c’est comme si j’essayais de plaquer mes souvenirs sur cette nouvelle marche. J’ai été déçu de ne pas retrouver beaucoup de marcheurs de l’année dernière. Je n’en ai trouvé que quatre : Aristide, Cécile, Khaled, et Alex.
Quand je suis arrivé le premier jour, j’étais déjà fatigué avec mon sac de 15 kg. Et puis j’ai confondu Alex avec le pseudo Babagilles (je me demande toujours qui est Babagilles). J’ai eu un peu de mal aussi avec l’ambiance sérieuse, moins fusionnelle, moins portée sur l’alcool et l’herbe, disons plus respectueuse de "Ch’règles de vie".
J’ai trouvé que l’interdit sur l’alcool et le tabac n’était pas suffisamment expliqué, et j’ai eu plaisir à en parler avec Perrine : "l’important, c’est ce que tu en fais toi, tu es libre de transgresser. C’est au groupe de te rappeler à l’ordre s’il y a une gêne ressentie. Mais il ne doit pas y avoir de jugement moral".
Et puis au bout de deux jours, ça a commencé à prendre. J’ai commencé à me faire aux rencontres, aux paysages, aux soirées. J’ai retrouvé ce temps dilaté, ce plaisir du nomadisme, où rien n’est défini à l’avance. J’ai retrouvé cette sollicitation intense et permanente du groupe, qui pousse à se ménager des temps de pause, pour se retrouver en tête-à-tête avec soi-même. Comme dis Aristide : "le groupe fatigue".
Comment est le rapport au temps sur la marche ?
Un point de vue amplement partagé par les marcheurs-euses : le temps s’étire. "Je suis là depuis deux jours, et j’ai l’impression que c’est depuis une semaine". Est-ce le nomadisme qui fait ça ? Le fait d’être en permanence sollicité par de nouveaux visages, ou de nouveaux paysages ? Le fait de changer souvent d’activité, d’être souvent surpris ?
Peu d’entre nous ont une montre. "Quelqu’un a l’heure ?" On se regarde à une dizaine : personne ! Notre rythme est plus libre : le pas des ânes, les repas, les activités que nous choisissons au fil de l’eau, qui semblent se succéder naturellement au gré des envies et des disponibilités. C’est un peu tout le contraire d’une journée de travail en ville !
Le temps s’étire aussi pour le groupe : nous avons du mal à cadrer le temps. Mercredi, la plupart des ateliers ont commencé un peu en retard et ont largement débordé sur les autres. Ce qui finit par être gênant ; par exemple, l’atelier "non-violence" proposé par Khaled a été reporté plusieurs fois avant de se faire.

Quel est ton rapport à l’espace ?
Nous nous déplaçons dans des espaces très larges. Ça change d’un appartement, ou d’une place publique. Au bout de quelques jours, je mélange tout. Je ne sais plus très bien où j’étais tel jour. Mais par contre, le fait de changer de lieu souvent, permet d’y associer une ambiance, et tout ce que le groupe a vécu ce jour là. Je me souviendrai longtemps de la fête dans la grange, chez Jean-Pierre. Je me souviendrai aussi des Berces du Caucase et de la piscine gonflable le dimanche soir à mon arrivée.
Mais c’est pire que la vie en camping : il faut s’organiser en permanence. Penser à prendre sa brosse à dent, sa lampe de poche. J’ai fini par faire comme Bruno Clémentin, qui se ballade tout le temps avec une espèce de sac à main.
On a beau avoir des hectares de surface, on se regroupe toujours dans le même périmètre : le coin où on fait la tambouille et le feu. C’est marrant, cet espèce d’instinct ancestral. Parfois, je me suis amusé à poser ma tente le plus loin possible. D’autres jours, je me suis venu me glisser parmi les autres.
Les paysages étaient très beaux. Je ne connaissais pas l’Avesnois, qui est une région bien plus belle que le bassin houiller.
Les cercles de parole sont aussi des espaces très beaux. Des espaces où on s’écoute, où on se regarde, où on est dans l’attente des autres, dans le désir. C’est peut-être le cercle de parole qui définit notre socialisation. Contrairement aux tentés de l’île du diable et à leurs tentatrices, qui se définissent socialement par leur apparence (et les pauvres, c’est une apparence bidon empruntée pour quelques semaines !), nous nous définissons socialement par notre simple présence. C’est génial.
L’espace, c’est aussi la lumière. Nous avons eu le droit à des décors naturels somptueux. J’ai en souvenir l’orage du mercredi soir, le ciel noir très travaillé. Les couleurs des herbes le matin, ou le soir, après la pluie. Nous sommes bercés par l’espace : nous sommes vraiment en contact avec les éléments. C’est pour ça qu’il me semble important de prendre au moins une semaine, pour avoir le temps de ressentir tout ça, toute cette diversité de lieux et d’ambiances.
Et puis c’est aussi les sons. Il y a eu cette horrible place à Fourmies, mais heureusement le reste du temps, les sons étaient très agréables. Les oiseaux, les insectes. Pas de bruits de voitures.
Le groupe est très bruyant aussi : des cris, des rires, des conversations, des applaudissements. Mais rarement quelqu’un en colère. Jamais deux personnes qui haussent le ton, ce serait impensable.
Arriver à s’entendre, c’est parfois délicat. Il y a eu l’épisode d’Aristide et d’un groupe de percussion improvisée. Bon, c’est vrai, Aristide se met à lire là où il est, sans vraiment demander l’accord de chacun. L’année dernière, il emmenait son auditoire dans un lieu à part. Là, il y avait à la fois Aristide qui clamait son texte, et un groupe de marcheurs qui tapaient sur tout ce qu’ils trouvaient. C’était pas possible de se concentrer sur les deux.
C’est pas toujours facile de s’entendre avec des distances pareilles. Plusieurs fois, nous avons eu recours au "crieur" pour faire une annonce à tout le groupe. Mais on voit vite les limites de la communication orale. On a beau gueuler plusieurs fois sur tout le terrain, il y en a toujours qui traînent quelque part et qui n’ont pas entendu. Il faudrait sans doute prévoir un peu plus de supports écrits. Il y avait un panneau pour le programme des activités, mais ce n’est pas suffisant.
La marche, c’est un mouvement dans l’espace, dans le temps, c’est un processus. Et j’ai observé le processus, qui s’améliorait de jour en jour. Et puis parfois, à cause de la fatigue, le processus était plutôt tronqué ! Il y a beaucoup d’idées d’amélioration chez les organisateurs. J’en suggère une : l’accueil des nouveaux pourrait faire partie des rôles à distribuer chaque jour, avec un petit support écrit à remettre et à commenter.
Quel est le rapport au corps sur la marche ?
Il est important, c’est le moins qu’on puisse dire. Et les pieds sont la partie privilégiée, puisque c’est eux qui vont nous permettre, ou pas, de faire l’étape suivante. Alors on les bichonne.
Le rapport au corps est différent de la vie habituelle : j’ai passé une semaine sans voir mon visage. On n’arrête pas de se piquer, de s’égratigner, de se blesser... C’est rien de grave, mais ton corps te rappelle constamment qu’il est là, qu’il ressent. "Tiens, je me suis fait piquer par une araignée cette nuit".
Le rapport à la propreté n’est pas le même. On accepte d’être un peu crades. On accepte de pêter et d’entendre les autres pêter dans le cercle de parole. Certains font des rôts discrets à la fin du repas. C’est pas gênant.
Il n’y a pas eu beaucoup de réflexion sur le naturisme. Je n’ai vu que Charlotte pour se promener les seins nus. C’est dommage, parce que le corps, c’est un sujet qui me semble essentiel pour la décroissance : il est constamment maltraité par la société spectaculaire. Les femmes subissent une véritable torture pour "être belles". On se met des produits industriels dégueulasses sur la peau, des parfums toxiques, des crèmes de soin cancérigènes...

Et puis le corps, c’est la santé, les médecines douces... C’est pas rien !
C’est aussi le rapport au corps de l’autre. C’est une dimension qui a été volontairement mise de côté par les organisateurs. Contrairement à l’année dernière, pas de câlino-thérapie, pas trop d’effusions, de bisous, d’étreintes. Bon, il y a quand même Perrine qui proposait ses massages de la tête, c’était génial.
On en arrive à la question du couple : il y avait beaucoup de couples, mais vachement discrets. J’ai mis des jours à comprendre que untel sortait avec unetelle. C’est bien comme ça. Ça n’attise pas trop les frustrations chez les autres.
Et puis qui dit couple dit enfants : il n’y avait pas de couple avec enfants. C’est vrai que ça suppose une organisation hallucinante. Etre à la fois autonome par rapport aux horaires, et à la fois capable de suivre le rythme du groupe.

Et concernant les générations ?
Ben, comme je l’ai déjà dit, je me retrouve dans les plus vieux. L’année dernière aussi, j’étais parmi les plus vieux, mais comme je passais tout mon temps en "position ado", je ne m’en rendais pas compte à ce point !
C’est important d’avoir une diversité d’âges. C’est une richesse pour les échanges, qu’on a rarement dans la vie courante. Les plus jeunes tâtonnent, de façon confuse et inquiète, mais posent souvent les vraies questions. Ils sont authentiques. Les plus vieux ont l’expérience, la sérénité, mais n’ont plus la rapidité physique. Ainsi, chacun complète l’autre.
Il y a un passage d’expérience, une reconnaissance, une possibilité de valoriser les plus jeunes qui est très belle, je dirai même "sacrée". La reconnaissance sociale, qui est ma préoccupation centrale pendant cette marche, passe par la reconnaissance venant des aînés, des "pairs" comme on dirait en psycho. Et ça, c’est une réponse très concrète à cette horreur que propose la société de consommation : être reconnu par ce qu’on consomme, une reconnaissance perverse et anxiogène puisqu’on doit renouveler en permanence les objets consommés pour continuer à être reconnu.

Qui sont les marcheurs-euses ?
Les marcheurs et marcheuses sont essentiellement issus de la classe moyenne, ce qu’on appelle aussi "petit-bourgeois". Ce terme fait un peu "daté", mais il a le mérite de rappeler la lutte des classes, qui a tendance a être mise en sourdine aujourd’hui.
Beaucoup d’étudiants, quelques vagabonds et précaires, mais peu de banlieusards, peu d’immigrés ou issus de l’immigration, et encore moins de "dominants" : patrons, responsables de directions...
Les marcheurs, et plus généralement les objecteurs de croissance, ont sans doute eu accès à des modes d’expression et de développement personnel qui leur ont permis de mûrir, de se construire une identité forte, en marche vers l’avenir, en pleine possession d’une puissance personnelle, qui n’est pas la toute-puissance de l’infantile ou du zombie standardisé que notre société souhaiterait dupliquer à l’infini, pour disposer de consommateurs passifs et de salariés corvéables et soumis.
Confiance en soi, sérénité, endurance, sensibilité, authenticité, valorisation de soi et des autres...
Ils ont sans doute fait leur anamnèse, c’est-à-dire le nettoyage psychique indispensable à la libération de soi : savoir d’où l’on vient, pour savoir où l’on veut aller.
Ils continuent par cette libération collective, cette "socio-analyse" [1] qu’est la décroissance.
Pas étonnant dès lors que la décroissance rallie de nombreux libertaires, et quelques chrétiens oecuméniques, tous épris d’émancipation individuelle, qu’elle soit hédoniste ou spirituelle.
Quand je parle d’hédonisme, il ne s’agit pas du zombie qui cherche à maximiser ses smiles, maximiser le plaisir vécu dans l’instant présent, par le maximum de consommation et de sollicitations.
Il s’agit de reconnaître le plaisir comme moteur essentiel de la vie : plaisir d’accueillir un nouveau né, de rencontrer l’autre, de jouer de la musique... Cette lumière lointaine qui guide la décision, qui permet d’éviter la spirale de l’échec, qui permet d’échapper à la névrose familiale...

Qu’est-ce qui rassemble les objecteurs de croissance ?
Il me semble qu’il y a une posture philosophique commune : le refus de la domination.
Si l’homme est un animal de meute - comme le chien, le loup, le singe - régie par des rapports de domination et de soumission, refuser la domination est un progrès humain fondamental, une émancipation de l’animalité, ce qui ne signifie pas une désincarnation ou un mépris pour notre animalité et pour les animaux.
Le refus de la domination se décline par, en vrac :
la non-violence,
le refus de l’exploitation : « publicité, précarité, prisons », emplois indignes, grande distribution, néo-colonialisme, commerce équitable... ce qui apparaîtra comme une régression pour la plupart puisque ce refus conduit inévitablement à moins de confort, moins de pouvoir d’achat, moins de liberté de mouvement, plus d’efforts physiques, plus d’exposition aux intempéries...
le refus de la primauté culturelle occidentale sur le reste du monde,
le refus de l’ethno-centrisme,
le refus du patriarcat, du sexisme, du racisme,
le refus des médias de masse,
le refus du tourisme de masse,
le refus de l’automobile et de la vitesse, comme critère visible de domination sociale (plus je roule vite, plus je domine la société),
le refus du « faux-self » : une personnalité inauthentique, schizoïde, construite par empilement d’éléments incohérents, par incorporation du discours dominant véhiculé par l’école, la publicité, les médias de masse, et la communication interne d’entreprise.

[1] Terme que je découvre dans le bouquin déjà cité d’Alain Accardo, qui semble issu de la pensée de Bourdieu. Les lecteurs sociologues nous en diront plus.