
Maroilles. Le château. Atelier "Etats Généraux de la décroissance". Un bel accueil et une belle soirée.
Préparation des ânes, rangement de la cantine collective, râteau. Départ à 8h00. Des petites routes vallonnées. Alex, en vélo, avec une lourde charrette, cueille de la reine-des-prés.
Nous arrivons à Maroilles. Grosse pause sur la place du village : un kiosque à musique qui invite naturellement Bertrand, son accordéon, et une belle danse collective. Un grand moment de liesse. Pour d’autres, c’est la sieste. Achat de fromage de Maroilles, bien célèbre dans le Nord. Aujourd’hui, je ferme la marche, muni d’un gilet jaune fluo, que certains nomment "chasuble", terme que je préfère éviter pour sa connotation cléricale. Rôle qui me va bien car je peine avec mes 16 kilos de sac, la chaleur et les petites pentes. Je cueille un peu de reine-des-prés et de tanaisie commune, deux plantes très abondantes dans la région.

Nous arrivons devant un château : la Collégiale d’Avesnes. De nombreux bâtiments anciens, une partie rénovée, une partie qui a été squattée pendant plusieurs années. Un vieux piano complètement désaccordé : je fais un duo avec Dany. Il ne manque plus qu’une bouteille de champagne pour achever l’ambiance surréaliste. Une grosse pause à l’ombre jusque 16h. Un atelier "Etats Généraux de la décroissance". Quelques marcheurs nous font un compte-rendu peu glorieux des E.G. qui viennent d’avoir lieu à St Nolff. Que faire de concret après la marche ? Comment éviter les échecs relatifs des E.G. de Lyon et de St Nolff ?
Un gros camion est garé dans la cour, les portes arrières grandes ouvertes. De nombreux marcheurs se débarrassent de leur sac : l’esprit de la marche se dégrade puisque nous ne sommes pas censés utiliser les véhicules à moteur. Nous repartons.
Nous arrivons enfin pour l’étape du soir, après 18 km, ce qui représente la plus grosse étape de marche de la semaine. Et nous recevons un très bon accueil chez Paulette Courtin :
kéfir frais, au goût légèrement citronné ;
repas offert avec tables et chaises disposées dans une prairie ;
bidons d’eau ;
et même un spectacle de mime "La création du monde", par un ami intermittent, Paul.
Je découvre Frédéric, journaliste pour la Voix du Nord, et je retrouve Bruno Clémentin, co-fondateur de Casseurs de pub, qui nous apporte son soutien. Pendant le cercle de parole, je fais remarquer la dérive du camion ramasseur de sacs, qui ne se reproduira plus. Un tracteur bruyant nous décide à déplacer le cercle. Le deuxième cercle se fait debout. Quelques personnes passent à pieds le long du champ : ils nous regardent comme des illuminés attendant les ovnis, un genre de secte sans doute...
Le repas est délicieux. Nous goûtons un beurre fermier, un vin de framboise fabrication maison... En route pour la salle des fêtes, je trouve quelques tireurs de lattes. Nous décontextualisons à fond en nous retrouvant assis sur des chaises en plastique, face à un mime talentueux et jouissif. Retour au campement, auprès du feu de bois qui agonise.
Nous racontons tour à tour des histoires vécues ou des sagesses. Costa raconte une histoire vécue qui montre que même si on a raison, lorsqu’on utilise la violence on devient celui qui a tord : la violence n’est jamais légitime. Je regagne ma tente dans le noir, en levant haut les pieds, car la prairie est truffée de chardons fauchés.

Cet incident de la camionette était vraiment une connerie. Mais il faut replacer le truc dans son contexte.
La camionette en question appartient à un gars qui vit dedans. Il a fait le choix d’une vie alternative et est passé à la marche dans ce cadre-là.
Il est dommage que des marcheurs aient profité de cela pour faire porter leur barda par un véhicule à pétrole.
Moi-même, lors de cette marche, j’ai eu recours aux bagnoles. Eh oui !
Les chaussures de marche que j’ai depuis environ 15 ans (et encore : je ne les ai pas eues neuves) ont vieilli. La semelle est devenue dure comme de la pierre. Ca m’a donc niqué les pieds.
Que faire ? Abandonner la marche ou reposer mes pieds ?
J’ai choisi de faire un jour d’entorse à la marche en faisant du stop afin de pouvoir poursuivre l’expérience (et de reposer mes pieds en feu).
Eh bien, même après une simple demi-journée à l’écart des marcheurs (oui, je les ai retrouvés à mi-chemin du périple de la journée (on s’était donné rendez-vous)), je me suis rendu compte que j’étais (légèrement) déphasé par rapport à ce qui s’était passé lors de la marche de la matinée.
Une telle marche, c’est quelque chose de collectif. Un effort collectif.
Se faire aider par un moteur est alors une connerie, sauf si les circonstances le requièrent réellement. Dans le cas présent, je crois que c’était surtout une histoire de confort qui a fait que certains, alors qu’ils étaient entièrement capables de porter leurs sacs, on décidé de le mettre dans la camionnette.
(Si certaines ou certains s’inquiètent pour ce que sont devenus mes pieds, ne vous inquiétez pas : ils fonctionnent encore ;-). Lors de la marche, j’ai fait une journée à vélo et une journée de stop. La suite, je l’ai faite avec mes godasses de "détente". Mes pieds ont un peu morflé mais c’était faisable (la preuve : je l’ai fait).
Je vais confier mes godasses de marche à un cordonnier pour remplacer mes semelles de béton.)