
"Nouveau départ". Interview de David, le patron du café. Ateliers "Non-violence", "Collecte d’utopie", "Colporteurs de la décroissance", "Théâtre-forum".
Une nouvelle fête dans une autre grange.
Nous sommes réveillés à 7h par les vaches qui meuglent dans le pré à côté, et les ânes qui broutent autour de notre tente. Une journée de repos, mais sans pouvoir faire de grasse matinée.
Petit déjeuner : reine-des-prés, pain collectif, confitures individuelles offertes...
Martin propose un atelier en grand groupe, appelé "nouveau départ", ou "merci & regrets". Dans un premier temps, ceux qui le souhaitent expliquent ce qu’ils ont apprécié particulièrement, et remercient ; dans un deuxième temps, nous exprimons nos regrets.
Le deuxième temps est finalement assez amusant, fait avec humour.
Puis un temps de silence, où chacun quitte le cercle lorsqu’il le souhaite. C’est intéressant de se retrouver ainsi, pour retrouver une cohésion de groupe.
Tom et Théophile, les deux adolescents dont j’ai la responsabilité, impressionnent par la maturité de leur réflexion. Ils sont appréciés par le groupe, et ça me fait plaisir. Ils font partie des plus jeunes, je fais partie des plus vieux : il y a comme une symétrie là-dedans.

Il fait à nouveau très chaud. Je pars explorer le village avec une petite bande, les "métalleux". Je découvre un café : l’occasion de boire une bière.
Je me fais masser le visage par Perrine, un massage Ayurvédique, c’est très relaxant et sensuel, je m’endors à moitié.
Charlotte a décidé de se promener les seins nus toute la journée. Elle ne trouve pas normal que les hommes puissent montrer leur poitrine et pas les femmes. Le massage du visage et les seins nus : voilà deux exemples de la présence du corps, sujet que je trouve insuffisamment développé sur cette marche.
Le déjeuner passe. Je n’ai rien à manger, mais pas très faim non plus. Je retourne au café, avec Khaled et Anaïs. David, le patron du café, nous montre un article nous concernant : une pleine page dans "l’observateur". Je reconnais une photo prise à la Biocoop mardi midi. Je sympathise avec David, et je me dis que c’est l’occasion de faire son interview : il doit bien connaître le village et la région.
Atelier Non-violence
Vers 16h, de retour à la grange, Khaled propose un atelier "Non-violence". Il y a beaucoup de gens dans la grange : nous attendons qu’ils nous rejoignent ou sortent. Nous ménageons un temps de calme préalable. Khaled expose le sujet, qu’il a découvert depuis un an. La non-violence, c’est différent du pacifisme. C’est l’utilisation d’une stratégie contre un adversaire. La marche pour la décroissance est une marche non-violente, ce qui veut dire que nous sommes capables d’éviter les conflits, la violence verbale ou physique. La désobéissance civile, c’est le contournement ou le non-respect de la loi pour défendre une cause qu’on estime juste, et être prêt à en assumer les conséquences. Rapide historique : Thoreau, Tolstoï... La non-violence est plus efficace que la violence.
Gandhi a libéré l’Inde de la colonisation britannique. Il était prêt à aller jusqu’à renoncer à la vie. Autre exemple : les déboulonneurs, qui interviennent contre la publicité, sans agressivité envers la police.
Le premier degré de la non-violence, c’est la non-coopération. Par exemple, boycotter des supermarchés. C’est rechercher une cohérence personnelle, construire des alternatives.
Martin Luther King a utilisé le boycott des bus, que les noirs utilisaient pour se rendre à leur travail, jusqu’à utiliser la marche à pied.
Gandhi a fait boycotter les tissus anglais importés en Inde, jusqu’à obtenir le soutien des villes de production de ces tissus en Angleterre, alors que cela produisait du chômage !
Les indiens parlent de la « satyagraha » ou « détenir la vérité » pour désigner l’action politique initiée par Gandhi. L’article wikipedia est peu développé, mais il renvoie à la catégorie « [ ?Non-violence] », qui donne de nombreux exemples.
Quelle différence entre « Désobéissance civile » et « désobéissance civique » ?
Désobéissance civile : une action non institutionnelle, non armée. Désobéissance civique : concernerait les actes citoyens, par exemple : ne pas voter.
(On trouvera sur wikipedia des précisions entre ces deux termes sur l’article « Désobéissance civile ».)
Les faucheurs d’OGM ont le sens des responsabilités. Ils s’adressaient ainsi aux forces de l’ordre : « faites votre travail, nous ferons notre devoir ».
La désobéissance civile implique une formation, une connaissance des enjeux, et les positions de l’adversaire. Elle fait appel à la responsabilisation des individus. Elle attire de nombreuses sympathies et soutiens, chez les juges, et au sein même de la police.
Nous abordons alors ce qu’est la violence.
Lorsqu’il n’y a plus de contrôle de soi, la colère prend le dessus ; les émotions dépassent la raison. J’interviens en expliquant que de nombreux lieux quotidiens sont violents : l’école, l’entreprise, les médias. Pierre Rabhi s’amuse en disant que si on appliquait systématiquement « œil pour œil, dent pour dent », il n’y aurait plus que des aveugles et des édentés.
Bruno intervient en expliquant que :
l’école est un apprentissage de la non-violence, mais que cet apprentissage est contrecarré par la compétition individuelle, qui mène à la violence ;
les cours d’histoire développent beaucoup l’histoire militaire, les guerres ;
il n’y a pas (encore) de tradition de la non-violence en France.
Nous faisons la distinction entre non-violence individuelle (comportements) et non-violence collective (qui a un sens plus stratégique).
L’usage des médias est central dans la non-violence collective. Il est important que le mouvement soit bien perçu par l’opinion, qu’il attire des sympathies. Un contre-exemple : les luttes contre le CPE ont donné du grain à moudre aux médias, qui ont mis l’accent sur la violence et les casseurs.
La violence individuelle vient souvent de la non-écoute de ses besoins. Il faut pouvoir réagir en prenant le temps de réfléchir, mais aussi sans trop tarder. Ne pas tarder à dire ce qui ne nous convient pas.
Il y a aussi la violence cachée. Par exemple, le monopoly, qui fait l’éloge du système capitaliste et de la compétition, est un jeu violent. En réponse, il existe un jeu qui propose le contraire : le tiers-mondopoly.
Il y a un lien entre non-violence collective et individuelle : dans la préparation aux actions collectives, il faut savoir faire face aux provocations.
Nous revenons aux faucheurs d’OGM : il y a un paradoxe, car il s’agit de destruction, d’un non-respect de la propriété privée : c’est une forme de violence. Mais il faut aussi faire la distinction entre biens matériels et personnes : les actions sont dirigées contre les récoltes OGM, nocives pour l’environnement, et non contre les agriculteurs ou les employés du semancier.
Certains médias aiment exagérer en présentant les faucheurs comme des terroristes. Notre système est infantilisant : il s’adresse volontairement à des enfants de 10 ans. C’est le fameux "enfant roi", le règne de l’infantile et de l’individualisme.
Ateliers "Collecte d’utopie" et "Colporteurs de la décroissance".
François Schneider nous informe de l’existence d’un site pour propager la décroissance et devenir colporteur. Il propose une rencontre en novembre à Gaillac, qui pourrait également être un lieu de rencontre pour les organisateurs de groupes locaux et de marches régionales.
Retour dans la prairie.
Arnaud me remet l’interview de Benoît, Charlotte me donne deux interviews : Manuella et un garçon aux cheveux blonds dont le prénom ne lui revient pas. Je me décide à interroger un journaliste, Frédéric Douchet, de La Voix du Nord.
Bon repas, avec des chapatis.
Atelier "Théâtre-forum" dans la grange : Philippe joue le rôle du chômeur blasé. Chacun de nous peut proposer une autre façon de vivre à Philippe, devant l’assemblée hilare.
Un groupe est sur scène pour nous faire danser des airs folkloriques.
Un bar vends des jus de fruits bio, et bien-sûr... de la bière !

Ce cher Gandhi a dit : "An eye for an eye and the world goes blind." ;-)Pierre Rabhi s’amuse en disant que si on appliquait systématiquement « œil pour œil, dent pour dent », il n’y aurait plus que des aveugles et des édentés.