
Première journée de "l’après marche". Derniers au-revoir. De retour dans "nos foyers". Accueillis en héros.
7h. Ma montre-réveil n’a pas sonné, mais l’instinct fait que je me suis réveillé naturellement. 7h35. Départ avec Philippe, Tom et Théophile. Notre train est à 8h40. C’est l’heure des "au revoir" avec François, Cécile, le groupe des "métalleux" (Cédric, Clément, Anaïs et Jean-Sébastien), Romanie, Marc, Charlotte, Julien, Bruno... Aristide est parti hier sans que je m’en aperçoive, comme un magicien.
Le soleil est à peine levé, la lumière est intense, les couleurs sont contrastées et saturées : vert, brun, jaune, blanc. Nous passons un premier café : un groupe de gens à l’intérieur nous regarde comme des pouilleux. Philippe, qui est un habitué de la route, entre souvent dans ce genre de café, des habitués peu accueillants, où il faut s’imposer et créer son ambiance.
Un petit marché est en cours de montage dans la rue principale. Nous achetons du pain, un quatre-quart, et dégustons du saucisson au poivre. Nous entamons une discussion avec le marchand, qui est sans doute la personne la plus agréable depuis que nous sommes à Fourmies. Ah ! Il n’est pas d’ici, je comprends ! Philippe lui explique un peu la décroissance, et notre gars embraye sur les sacs plastiques qu’il utilise pour emballer ses produits. Il s’est renseigné sur des sacs plastiques biodégradables : c’est deux fois plus cher.
Voilà encore un gars qui pense avec des courts-circuits : il part directement sur des solutions, sans chercher à savoir quel problème il souhaite résoudre : quels problèmes posent les sacs plastiques ? Et il oppose l’argument économique pour conclure que c’est impossible. Comme s’il ne pouvait pas reporter le surcoût sur les consommateurs ? Et il nous ressert une louche de "chômeurs-feignants". Nous n’insistons pas.
Il reste 30 minutes : nous prenons un café vite fait. Il nous reste 10 minutes pour gagner la gare. Sur le quai, une "dernière clope" avec Philippe : il reste 4 feuilles dans mon paquet, c’est amplement suffisant. Je lui offre le paquet et les 2 feuilles restantes, en souvenir. C’est dans le plus grand dénuement qu’on apprécie le luxe.
Nous allons passer par Fourmies, Aulnoye-Hemmeries, Lille-Flandre, Hazebrouck, pour arriver à Esquelbecq à 12h30. Nous arrivons chez ma belle-mère en héros. Photo-souvenir, champagne au frais... Tom et Théophile racontent leur périple, comme des Ulysse qui auraient vadrouillé pendant dix ans sur les mers. Ils sont heureux de retrouver le confort matériel chez leur grand-mère, mais triste d’avoir quitté le groupe. Moi, je suis complètement éteint. Je rêve d’une douche et d’une énorme sieste.
Il me reste à récupérer les interviews de Jean-Christophe et Aristide, que leurs auteurs me transmettront par mél.
Je dois également récupérer ma tente, chez Cécile : l’occasion de retrouver l’équipe des organisateurs au petit déjeuner, de découvrir un bouquin d’Accardo qui me permettra de nourir ma réflexion sur la marche et la décroissance. Je passerai à peu près un mois à saisir mes notes, à rédiger, à compléter, à valider les interviews : lenteur, profondeur, saveur.
Ici s’achève mon récit, et je laisserai la Sncf, partenaire officiel de la Décroissance, conclure par un slogan publicitaire lu sur la pochette de nos billets de retour, qui résume bien la décroissance : "Cette quête pourrait bien changer le cours de votre vie..."